L’ONU se dit aux côtés de l’Afrique pour mettre fin au fléau du terrorisme


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Bien qu’aucune région ne soit à l’abri du terrorisme, la situation en Afrique est particulièrement préoccupante, a déclaré mardi le Secrétaire général de l’ONU, António Guterres, au Conseil de sécurité, soulignant le soutien de l’ONU aux pays qui s’efforcent de « mettre fin à ce fléau ».

Des dirigeants africains se sont joints aux ambassadeurs pour examiner comment lutter contre le terrorisme et mieux prévenir l’extrémisme violent grâce à une coopération renforcée entre l’ONU et les organisations régionales.

Le débat était présidé par le président Filipe Nyusi du Mozambique. Ce pays, qui assure la présidence tournante du Conseil de sécurité ce mois-ci, lutte depuis plus de cinq ans contre une insurrection meurtrière dans le nord.

« Terrain fertile » pour l’expansion

Le Secrétaire général s’est dit profondément préoccupé par la progression des groupes terroristes au Sahel et dans d’autres parties de l’Afrique.

« Le désespoir, la pauvreté, la faim, le manque de services de base, le chômage et les changements anticonstitutionnels de gouvernement continuent de créer un terrain fertile à l’expansion rampante des groupes terroristes pour infecter de nouvelles parties du continent  », a-t-il souligné.

En outre, des combattants, des fonds et des armes circulent de plus en plus entre les régions et à travers le continent, a-t-il déclaré, tandis que des groupes terroristes forgent de nouvelles alliances avec des réseaux criminels organisés et des groupes de piraterie. Leurs « idéologies violentes » sont également diffusées en ligne.

Unis contre le terrorisme

« Tout comme le terrorisme sépare les gens, le contrer peut rapprocher les pays  », a déclaré M. Guterres, soulignant plusieurs initiatives à travers l’Afrique, notamment au Sahel, dans le bassin du lac Tchad et au Mozambique.

« Les Nations Unies sont aux côtés de l’Afrique pour mettre fin à ce fléau » , a-t-il ajouté. « Avant tout, cela inclut la poursuite de notre collaboration étroite avec l’Union africaine (UA) et les organisations africaines régionales et sous-régionales  ».

M. Guterres a souligné que l’ONU fournit une assistance sur mesure aux pays africains dans des domaines tels que la prévention, l’assistance juridique, les enquêtes, les poursuites, la réintégration et la réhabilitation.

Respecter les droits de l’homme

Aux côtés du Nigéria, l’ONU co-organise également le prochain sommet africain contre le terrorisme et renforce la collaboration sur d’importantes initiatives de paix. L’Organisation plaide aussi pour de nouvelles missions « robustes » d’imposition de la paix et des opérations antiterroristes dirigées par l’Union africaine, avec des mandats du Conseil de sécurité. Il a exhorté les pays à soutenir ce travail vital.

Le secrétaire général a noté qu’en juin la Stratégie antiterroriste mondiale des Nations Unies, adoptée en 2006, fera l’objet de son huitième examen. Cela marquera une « opportunité cruciale » pour les pays de trouver de nouveaux moyens de s’attaquer plus efficacement aux conditions qui créent un terrain fertile pour la propagation du terrorisme.

La réunion servira également à rappeler que les droits de l’homme doivent être au centre des efforts de lutte contre le terrorisme, a-t-il ajouté.

« Les preuves montrent que les efforts de lutte contre le terrorisme qui sont uniquement axés sur la sécurité plutôt que sur les droits de l’homme peuvent, par inadvertance, accroître la marginalisation et l’exclusion, et aggraver la situation  », a-t-il déclaré.

La « contagion » terroriste continue

Le nouveau Président de l’Union africaine, le Président Azali Assoumani des Comores, a noté que bien que le terrorisme existe depuis des lustres « depuis la crise libyenne en 2011, il a vraiment explosé, et particulièrement en Afrique  ».

En conséquence, des milliers de combattants, notamment des combattants étrangers, ont afflué au Sahel, ce qui a contribué à l’importation de groupes terroristes sur le continent, ainsi qu’à « une circulation incontrôlable d’armes  ».

« Ainsi, progressivement, le terrorisme a pris de plus en plus d’ampleur en Afrique, du nord au sud, d’est en ouest. Et la contagion terroriste continue, s’étendant dans presque toutes les régions d’Afrique », a-t-il dit.

Il a promis de « n’épargner aucun effort » pour garantir qu’une initiative phare de l’Union africaine visant à « faire taire les armes » d’ici 2030 devienne une réalité.

Contextes différents, menace globale

Comme le changement climatique, le terrorisme est l’une des menaces les plus graves pour la communauté internationale, a déclaré le président Nyusi du Mozambique devant le Conseil de sécurité.

« L’expansion du terrorisme est assez menaçante, et elle est motivée par des facteurs qui varient d’un contexte à l’autre. D’une part, la radicalisation basée sur des variables identitaires alimentées par l’intolérance et, d’autre part, la manipulation des facteurs socio-économiques ont accéléré le recrutement par des groupes terroristes, en particulier des jeunes », a-t-il dit.

Citant l’indice mondial du terrorisme 2022, il a indiqué qu’environ 48% des décès liés au terrorisme sont survenus en Afrique, tandis que le Sahel est le « nouvel épicentre » des attaques terroristes.

Expertise et solutions africaines

Le Président Nyusi a déclaré que les pays africains, l’UA et les organisations régionales du continent - telles que la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC), le bloc ouest-africain de la CEDEAO et son homologue est-africain, l’IGAD - ont accumulé des années d’expérience dans la résolution des conflits.

Une mission de la SADC au Mozambique (SAMIM) combat les terroristes dans la province septentrionale de Cabo Delgado depuis près de deux ans – un exemple de « solutions africaines aux problèmes africains » et une approche qui pourrait être reproduite ailleurs.

« Pour le Mozambique, cette expérience est dotée d’une valeur ajoutée, car, actuellement, nous combattons le terrorisme en combinant les efforts multilatéraux régionaux de la SADC avec les efforts bilatéraux entre le Mozambique et le Rwanda, et ensemble, nous combattons avec succès le terrorisme », a-t-il déclaré.

Financer de dispositifs d’emplois pour les jeunes

Le président Nyusi a également présenté des propositions pour le prochain examen de la Stratégie antiterroriste mondiale des Nations Unies, exhortant les pays à créer un fonds qui renforcerait la résilience des communautés locales, notamment par le biais de projets de création d’emplois pour les jeunes, en particulier en Afrique et au Moyen-Orient.

Ses autres recommandations incluaient de donner la priorité au soutien aux solutions régionales pour lutter contre le terrorisme et de promouvoir une approche holistique combinant des interventions sécuritaires, judiciaires et socio-économiques.

Il a également souligné la nécessité de soutenir les pays en développement qui ne sont pas en mesure de répondre efficacement aux impacts du « changement climatique et d’autres crises d’origine humaine » parce qu’ils sont criblés de dettes.

Il a averti que la situation rend ces pays de plus en plus vulnérables à l’extrémisme, au terrorisme et aux conflits violents.

« Pour que ces pays sortent de la crise actuelle, nous appelons la communauté internationale à restructurer la dette et à faciliter l’accès à un financement abordable pour ces pays à haut risque », a-t-il dit. « À cette fin, le système financier international doit être transformé en réformant les institutions financières multilatérales ».