L’épuisement quasi total des fournitures médicales, dû aux coupes budgétaires et au blocage de l’accès, entraîne l’apparition de foyers de maladies infectieuses en République démocratique du Congo (RDC), notamment dans les provinces de l’Est touchées par le conflit armé, a alerté vendredi l’Agence sanitaire mondiale de l’ONU.
Selon l’Organisation mondiale de la santé ( OMS ), les réductions de financement ont un impact sévère sur la prestation des services de santé.
« Dans le seul Nord-Kivu, l’OMS estime que 1,5 million de personnes sont actuellement directement touchées par les réductions des services de santé essentiels », a déclaré depuis Goma, le Dr Thierno Baldé, gestionnaire d’incidents au Bureau de l’OMS pour l’Afrique.
Dans cette partie orientale de la RDC en guerre, des services vitaux ne sont plus fournis aux populations. Il s’agit notamment « des services de santé primaire essentiels, des soins sexuels et reproductifs et des services de nutrition ».
Epuisement des stocks de vaccins
Les coupes budgétaires dans l’aide humanitaire menacent directement la moitié des 4 millions de personnes vivant dans le Nord-Kivu. « Les vaccins pour la vaccination de routine sont presque en rupture de stock à Goma », a averti M. Baldé.
Margaret Harris, porte-parole de l’Organisation mondiale de la santé, a ajouté que le danger imminent d’une pénurie de vaccins concernait le monde entier.
« Les maladies infectieuses se moquent des frontières, des élections et des gouvernements. Si vous ne vaccinez pas partout, vous serez touchés partout », a-t-elle déclaré.
Sur le terrain, l’OMS a apporté des médicaments, des fournitures pour soigner les blessés, du matériel pour mettre en place des centres de traitement du choléra et bien d’autres choses encore.
« Grâce à notre entrepôt, nous avons soutenu les opérations de nos partenaires, mais nous avons bien sûr besoin de beaucoup plus », a ajouté le Dr Baldé, relevant qu’outre les problèmes d’accès, « les réductions de l’aide mondiale doivent être reconsidérées, car l’avenir de la région est en jeu ».
Risque de pénuries de certains traitement anti-VIH
« Le conflit a entraîné des niveaux effroyables de violence sexuelle, mais en raison de la réduction des financements humanitaires, l’OMS est la seule agence encore en mesure de fournir des kits de prophylaxie post-exposition (PEP) pour prévenir le VIH chez les victimes de viols », a insisté ce responsable d’OMS Afrique.
Ces derniers développements surviennent alors que les régions de l’est de la RDC sont également le point chaud du mpox, avec près de 10.000 cas signalés rien que cette année dans le Nord-Kivu, le Sud-Kivu et l’Ituri. Malgré les problèmes de financement, l’OMS a réussi, au cours des deux dernières semaines, à vacciner 4.000 personnes, « un exploit remarquable compte tenu des difficultés rencontrées sur le terrain ».
La rougeole est également un problème dans la région et les vaccins infantiles de routine pour cette maladie et d’autres sont en pénurie, note l’OMS. « Il ne reste que deux semaines de vaccins dans la région/le pays, ce qui remet en question la continuité des programmes de vaccination infantile essentiels et vitaux », a déploré le Dr Baldé.
La baisse des financements menace la santé des déplacés
C’est la même tonalité qui est observée au sein du Haut-Commissariat de l’ONU pour les réfugiés ( HCR ) qui s’inquiète de l’impact sanitaire des réductions de financement sur près de 13 millions de personnes déplacées, dont 6,3 millions d’enfants.
Alors que le système de santé est au bord de l’effondrement dans un pays comme la RDC, les ressources financières allouées au secteur sont insuffisantes pour répondre aux besoins vitaux urgents. Or le budget santé 2025 du HCR a été réduit de 87 % par rapport à 2024, ce qui entraîne des conséquences graves et immédiates. Les établissements de santé sont débordés, confrontés à de graves pénuries de personnel médical et de fournitures.
Les médicaments essentiels se raréfient et l’orientation vers des soins de santé secondaires n’est plus garantie. L’interruption de l’approvisionnement en eau a entraîné des cas de choléra, signalant la menace imminente d’épidémies de maladies infectieuses.
« Les conséquences sanitaires des coupes budgétaires devraient être dévastatrices, exposant plus de 520.000 réfugiés à un risque accru de maladies infectieuses et de décès », a mis en garde, Allen Maina, responsable de la santé publique au HCR..
Des cas de choléra parmi les réfugiés congolais au Burundi
Au Burundi voisin, qui accueille des réfugiés congolais, la suspension des programmes de nutrition dans plusieurs camps signifie que des milliers d’enfants réfugiés de moins de cinq ans pourraient ne pas recevoir de traitement adéquat contre la malnutrition.
Sans soutien supplémentaire des donateurs, environ 10.000 femmes réfugiées enceintes pourraient perdre l’accès aux soins prénatals, ce qui augmenterait le risque de complications et de décès maternels évitables.
« Les établissements de santé locaux, qui fonctionnent déjà au-delà de leurs capacités, se préparent à une nouvelle augmentation du nombre de patients et à des épidémies de maladies transmissibles telles que le choléra, notamment dans la province de Cibitoke qui accueille les arrivants de la RDC, où 11 cas de choléra ont été enregistrés parmi les réfugiés congolais, qui reçoivent actuellement un traitement ».